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L'économie française en mal de compétitivité contraintes
"La compétitivité de l'économie française se dégrade depuis le début des années 2000", écrivent les économistes du Crédit agricole dans leur "Dossier France", publié avant l'élection présidentielle. Ce constat est largement partagé. En 2006, le déficit commercial a atteint 29,2 milliards d'euros, son plus mauvais résultat depuis 1980. Bien réelle, la hausse de la facture pétrolière ne peut masquer une explication plus inquiétante : la perte régulière de parts de marché. Les exportations de la France représentaient encore, en 1990, l'équivalent de 6,5 % des importations de ses différents partenaires, une proportion tombée à 4,6 % en 2006, selon le Crédit agricole.


Que faire face à la surévaluation de l'euro ?

L'euro a atteint un record face au billet vert, vendredi 27 avril, à 1,3682 dollar. La valeur d'équilibre de la monnaie unique est estimée par les économistes entre 1,15 et 1,20 dollar. Mais les critiques françaises sur l'euro trop fort sont peu partagées : la croissance en zone euro (2,7 % en 2006) est meilleure qu'en France (2,1 %). L'économiste

Antoine Brunet redoute cependant que l'Europe ne s'expose "à perdre à son tour autant d'emplois peu qualifiés que les Etats-Unis avant elle". Puisque "de très nombreux pays réussissent à obtenir un avantage de compétitivité en manipulant leurs cours de change à la baisse", il recommande aux autorités monétaires et politiques européennes de s'inspirer du Japon : en rappelant constamment depuis 1975 qu'il était hostile à ce que sa devise devienne une monnaie de réserve internationale,l'Archipel a "significativement contribué" à affaiblir le yen.


Evidemment, l'euro fort exacerbe les difficultés de l'économie française. Mais le taux de change n'explique pas tout. Le déficit commercial français est d'abord réalisé avec les pays de la zone euro, rappelle Philippe d'Arvisenet, chef économiste de BNP Paribas : "La France, dont le commerce extérieur était équilibré en 2003, affiche un déficit de 1,6 point (du produit intérieur brut), mais de 2,15 points pour la seule zone euro." A l'inverse, l'Allemagne réalise un excédent de 2,5 % de son PIB dans la zone euro et de 7 % au total, reflétant la meilleure compétitivité globale du pays. Ce résultat a été obtenu au prix d'une modération salariale drastique depuis 2002 - et dans certains cas d'une hausse du temps de travail sans contrepartie salariale - et d'une sous-traitance croissante d'une partie de la production dans des pays à bas salaires.

De plus, l'Allemagne s'affranchit mieux des contraintes de prix par son plus haut niveau de qualité et d'innovation. "L'atout des exportateurs allemands est d'avoir les bons produits - pour 45 % des biens d'équipement, bien positionnés et de qualité - et les bons clients - en Asie et en Europe de l'Est où la croissance est forte. Seulement 22 % des exportations françaises sont composées de biens d'équipement et elles sont principalement orientées vers l'Europe, où la croissance est la plus faible", explique l'économiste Marc Touati.

Face à ces difficultés et "pour limiter la baisse de leurs parts de marché en volume, les exportateurs français ont dû consentir des efforts sur leurs prix de ventes", mais "l'amélioration de la compétitivité prix n'a pas suffi", notent les économistes du Crédit agricole. La compression des marges a aggravé les problèmes de profitabilité des sociétés françaises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME) de moins de 250 salariés.

Les groupes du CAC 40 (96,3 milliards d'euros de bénéfices en 2006) font en effet exception. La rentabilité économique des sociétés françaises ne représentait que 61 % de celle de la moyenne des entreprises allemandes et anglaises au cours de la période 1997-2002, ont calculé Jean-Paul Betbèze et Christian Saint-Etienne, dans leur rapport au Conseil d'analyse économique (CAE) "Une stratégie PME pour la France" (2006). Les PME sont les moins rentables : leur résultat brut d'exploitation (RBE) s'est établi à 24,2 % de leur valeur ajoutée en 2005, contre 29 % pour les entreprises plus grandes, selon le rapport "PME 2006" du groupe financier public OSEO.

"La France a un déficit d'entreprises de taille moyenne susceptibles d'atteindre un seuil critique pour pénétrer les marchés mondiaux. La proportion d'exportateurs au sein des PME est du même ordre de grandeur qu'en Italie (4 %), mais plus faible qu'en Allemagne (11 %)", ajoutent les économistes du Crédit agricole.

Quatre ans après leur création, les PME françaises emploient l'équivalent de 115 % de leur effectif initial, contre 120 % pour les allemandes, 128 % pour les italiennes et 215 % pour les américaines, ont calculé Patrick Artus et Lionel Fontagné, dans leur rapport au CAE "Evolution récente du commerce extérieur français" (2006).

La fiscalité et le poids des charges sont souvent invoqués pour expliquer ces faiblesses, mais l'organisation des filières économiques, les relations entre entreprises et l'environnement financier sont aussi déterminants. Un tiers des problèmes de profitabilité des PME proviendrait de délais de paiement exagérément longs comparés à l'Allemagne, ont établi MM. Betbèze et Saint-Etienne. "Notre réseau de PME-PMI est beaucoup composé de sous-traitants, ce qui met ces derniers dans une position difficile pour croître : ils sont soumis à des grandes entreprises ayant un fort pouvoir de négociation et qui les utilisent comme des tampons pour faire face à la variation de leurs besoins", dit Thierry Willieme, président du groupe d'affacturage Factofrance.

Enfin, selon Bernard Paranque, professeur à Euromed Marseille, école de management : "En France, le crédit aux entreprises ne manque pas en volume, mais les entreprises doivent faire des réserves pour parer aux besoins de liquidités plutôt que de s'appuyer sur leurs partenaires financiers comme en Allemagne ou en Italie". Ici, les banques préfèrent financer des investissements sur lesquels elles peuvent prendre des garanties, plutôt que le cycle d'exploitation.

Adrien de Tricornot
Article paru dans l'édition du monde .fr 09.05.07

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